Management de l'entreprise

Le Self Made Man à la française

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Le grand patron et le journaliste obséquieux

Journaliste cireur de pompes La presse spécialisée vulgarisant le management cultive à l'envi le mythe des héros de l'entreprise, ces (supposés) self-made-men, devenus capitaines d'industrie. Selon les journalistes serviles à souhait, ces grands patrons fils de famille auraient accompli une carrière exemplaire digne d'un autodidacte ! À parcourir ces articles dithyrambiques (si on n'a rien de mieux à faire...), bien ingrat sera celui qui ne louange pas à son tour ces chevaliers des temps modernes, et n'essaie pas de leur ressembler... Dans la mesure de ses possibilités bien entendu, on ne mélange pas les torchons et les serviettes, faut pas deco*ner quand même !

Pour illustrer le propos, le portrait (presque) fictif d'un grand capitaine d'industrie, un battant, comme aiment à les présenter les revues spécialisées un poil « people ».

Le Journaliste : - Quel a été votre parcours ?
Le Grand Patron : - Oh si vous saviez ! J'ai fait tous les métiers ! Mais vraiment tous les métiers. J'ai d'ailleurs commencé comme ouvrier à l'âge de 20 ans !
J- Ouvrier ? C'est impressionnant ! Vous avez vraiment commencé au bas de l'échelle ! Racontez-nous...
GP- Oui bien sûr. Dans le cadre de mon école d'ingénieur, lors de la première année, un stage ouvrier était obligatoire. Et pour bien me faire comprendre la difficulté de la vie, cette même année, Père m'a contraint à poursuivre à ce poste durant les deux mois d'été !
J- Donc cette année là pas de vacances ! Vous avez vraiment été élevé par une main de fer !
GP- Ce ne fut pas une sinécure, mais cela a formé mon caractère de battant  ! Heureusement en septembre j'ai pu décompresser en effectuant un voyage découverte en Extrême-Orient...
J- Effectivement, il est utile de découvrir les autres cultures, et c'est une bonne méthode pour être d'attaque avant de reprendre ses études.
GP- Comme vous dites. Ensuite, une fois mon diplôme obtenu, haut la main bien entendu, Père m'a fait passer par tous les postes de l'entreprise, les études, la production, le contrôle de gestion, les ventes, avant d'obtenir la direction d'une usine.
J-Quel parcours brillant ! Vous étiez alors l'un de nos plus jeunes dirigeants !
GP- Je le suis toujours. Je tire une certaine fierté de ce parcours. Père m'a passé les rênes de l'entreprise il y a peu, et j'avoue que les responsabilités sont une véritable passion.
J - Et bien bravo ! C'est un parcours exemplaire. Vous méritez l'estime de tous ! De mon point de vue, vous êtes un exemple pour notre jeunesse. Votre histoire devrait être enseignée dans nos écoles afin que les jeunes redécouvrent le sens de l'effort.
GP- Il est vrai que je serai personnellement intéressé de produire un film pédagogique sur ma carrière. Ce serait une mission fort utile pour édifier la jeunesse qui, aujourd'hui, a bien besoin de prendre conscience des bienfaits de la valeur du travail... En toute modestie bien entendu ! Si un réalisateur ambitieux est intéressé par le projet...
J- Excellente idée et félicitations pour votre altruisme ! Nous transmettons le message, mais attention les candidatures vont se bousculer, vous aurez le choix parmi les plus talentueux de nos réalisateurs, n'en doutez pas !

o o o

Bon allez, c'est de l'humour ;-), Nos grands capitaines d'industrie sont, comme chacun sait, des êtres d'exception. Ils ont d'ailleurs su profiter pleinement du libéralisme économique pour mettre la main sur la quasi totalité des organes de presse, et nos malheureux journalistes n'ont guère d'autres choix que de servir la soupe. "Et maintenant, flattez-moi mon bon Blaze" disait Don Sallustre (Louis de Funès dans La la Folie des grandeurs de Gérard Oury)

Dans son édition du 26 Aout 2015, Le "Canard Enchainé" relève que si les principaux quotidiens nationaux appartiennent tous désormais à des industriels, se sont aussi ceux-là qui reçoivent le plus de subvention de l'Etat dans le cadre de l'aide à la presse : "Acheter de l'influence en possédant l'un des principaux quotidiens français, qui prônent en général la non-intervention de l'Etat, tout en profitant des millions dudit Etat, c'est un exploit qui est réservé aux milliardaires français"

À propos du patronat français, l'ouvrage "Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours", Le vrai visage du capitalisme français, est une mine de renseignements sur les origines du patronat moderne.

À lire...

Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours
de Frédéric CHARPIER, Martine ORANGE, Erwan SEZNEC
La Découverte - Octobre 2014
791 pages
Prix : 23 Euros
Dispo :
www.amazon.fr -
Format Kindle (14,99 Euros)


Commentaires lecteurs...


  • merci pour ce billet humoristique :-) par contre 800 pages sur le patronat , vous recommandez ? sur de sur ?
    Ecrit par : Pierre
  • Sûr... C'est une enquête fouillée, j'ai appris pas mal de choses à sa lecture... Bon, comme pour toutes les études de ce type, on n'est pas non plus tenu de le lire de la première ligne à la dernière, on peut aussi piocher un peu au gré des envies.
    Alternatives économiques, entre autres, en avait fait une bonne critique:Histoire secrète du patronat
    Ecrit par : Alain Fdz


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