Management de l'entreprise

Critique du livre How de Dov Seidman

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Revenir à la question du Comment travaillons nous

Le perfologue a lu pour vous : HOW de Dov Seidman (Dunod 2011)
Dans un monde hyperconnecté et hypertransparent tel le notre aujourd'hui, il n'est guère concevable d'envisager une quelconque réussite durable sans une profonde réforme des modes de pensées économiques et managériaux.

Les problèmes sont bien trop complexes pour être résolus en persistant à conserver les principes de l'entreprise du XXème siècle.
Fondées sur le modèle de la forteresse, les entreprises n'ont foi que dans l'individualisme et la continuelle compétition. Ceux qui gagnent aujourd'hui et gagneront demain ont déjà révisé en profondeur leur éthique. Ils se posent clairement la question du comment Non pas le « comment faire » qui succède au « quoi faire ». Avec ce type de raisonnement, nous resterions dans le schéma classique. Il s'agit là du « comment se comporter » Quelle est la meilleure manière de se comporter vis à vis de ses clients, de ses employés de ses partenaires ou de ses concurrents ?

Analyse

C'est le thème que développe Dov Seidman dans cet ouvrage « How » publié aux Editions Dunod ce mois-ci. Pour l'auteur, cette question éthique est le point de départ de toute démarche visant comme objectif ultime une réussite durable. Il est inutile d'appâter ses employés avec des carottes ou de les menacer du bâton. La classique méthode tout comme l'impossible recherche de la motivation ont montré leurs limites.
Il faut raisonner en termes de valeurs et passer du « commander et contrôler » au « connecter et collaborer ».

Pour atteindre ce nouveau concept du COMMENT, il faut s'interroger sur la raison pour laquelle nous travaillons.
"Je pense que cela tient à la différence entre le fait de faire une chose pour réussir et celui de le faire et de réussir. » (extrait)
Deux maçons travaillent sur le chantier d'une cathédrale. Le premier, quand on lui demande ce qu'il fait, répond : « Je pose des pierres. », le second « Je construis une cathédrale ». Certains se considèrent comme des poseurs de pierres, d'autres construisent des cathédrales. (extrait)
L'auteur rappelle en prologue cette petite histoire plus très originale mais qui exprime bien l'idée du livre.
Une fois les valeurs établies, on peut alors réfléchir à la conception de la stratégie et la décliner en étant bien imprégné de l'importance du comportement, de l'essence du « Comment ». La compétition concurrentielle a montré ses limites. C'est bien un autre type de contact qu'il faut offrir à ses clients, fondé sur la confiance et la transparence.

La thèse n'est pas évidente à exprimer et à démontrer. Comment expliquer qu'il vaut mieux favoriser la confiance que la défiance, l'entraide que l'égoïsme sans passer pour un bisounours ?
L'auteur s'en sort pourtant haut la main. Le livre est bien structuré et bien écrit.
Dov Seidman expose clairement sa thèse et s'appuie sur de nombreux exemples concrets, des références aux expériences de terrains et aux études économiques, sociologiques et psychologiques pour la démontrer.

Et naturellement (à mon point de vue j'entends), l'auteur conclut sur l'autogestion comme seule structure de gouvernance à même d'assurer un management par les valeurs, en mesure d'intégrer les spécificités et les conditions de réussite du « Comment » développées au fil de cet ouvrage.
« Les cultures autogestionnaires fonctionnent sur la base des valeurs et des principes qui constituent la source de l'inspiration. Quand on agit en fonction d'eux, on croit en ce que l'on fait et on trouve un sens profond à l'effort. » (extrait)
Et là, le soufflé retombe et c'est dommage.
L'auteur ne va pas assez loin. L'autogestion fonctionne sur un principe d'égalité, de partage total de la propriété et de vraie démocratie. Les salariés d'une autogestion sont collectivement les propriétaires de l'entreprise, et les décisions d'orientation sont votées démocratiquement.
Les exemples proposés dans ce chapitre sont plus de l'ordre de l'empowerment des salariés et des équipes autonomes un peu dans la dynamique de l'entreprise polycellulaire comme la décrivait Hubert Landier dès les années 80 et du management par les valeurs comme le suggéraient des auteurs comme Kenneth Blanchard dans les années 90.
C'est une approche intéressante mais bien insuffisante pour mettre en oeuvre les principes pourtant bien expliqués au fil du livre.
Le traducteur a vu juste, c'est bien l'autogestion qui permet de remplir le contrat. Mais l'inévitable couplet sur le leadership visionnaire, mobilisateur et charismatique à la fin du livre est en totale contradiction avec les bases d'une autogestion à part entière(1).

Mis à part ce bémol final, la démonstration constituant le corps de l'ouvrage est riche d'enseignement et mérite tout l'intérêt du lecteur. C'est effectivement un livre à ne pas manquer.


How
ou comment le comportement devient la clé du succès en affaires

Préface de Bill Clinton
DUNOD
384 pages, 27,55 Euros
Collection : Stratégies et Management

En stock sur Amazon.fr


Sommaire :

  • Comment nous avons évolué.
    • Depuis la propriété terrienne jusqu'à l'information.
    • L'intrusion technologique.
    • Le voyage vers le COMMENT.
  • Comment nous pensons.
    • Utiliser toutes ses capacités.
    • De "je peux" à "je devrais".
    • Rester dans la course.
  • Comment nous nous comportons.
    • Etre transparent.
    • La confiance.
    • La réputation, toujours elle.
  • Comment nous devrions gouverner
    • La culture d'entreprise.
    • L'autogestion.
    • Le modèle du leadership.
(1)Dans le même ordre d'idée, le lecteur averti sera surpris de l'utilisation du terme d'anarchie pour qualifier le mode le plus primaire de gouvernance fondé sur l'individualisme et l'égoïsme en opposition à l'autogestion. On aurait pu supposer qu'un amateur averti de philosophie, comme s'en réclame l'auteur, fît la différence entre l'usage courant du terme anarchie, comme synonyme d'individualisme égoïste et de pagaille, des véritables vocations de l'anarchisme politique justement fondé sur les principes de fédéralisme, de coopération et d'autogestion.


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