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Abondance n'est pas Pertinence

22 octobre 2019  Par   Partagez

Abondance et pertinence sur le web web

Sur le web comme ailleurs, "Abondance" n'est pas un nouveau synonyme de "Pertinence", Le web nous propose un monde informationnel ou le pire côtoie le meilleur sans aucun discernement. Il est donc particulièrement aisé de nous prendre au piège "commercial". On parle alors "d'économie de l'attention". Mais me web ce n'est pas que cela, c'est aussi "l'économie du partage". Voyons tout cela.

Dans un monde riche en informations, l'abondance de l'information signifie un manque de quelque chose d'autre, de ce que l'information consomme. Et ce que l'information consomme est évident : elle consomme l'attention de ses destinataires. Herbert A. Simon (1916-2001)Cette citation date de 1971

Le piège du Web : abondance et perte d'attention

Confondre "abondance" et "pertinence", c'est peut-être là le principal piège de la prospection de connaissances sur l'internet. Dès 1971, Herbert Simon, prix Nobel d'économie 1978 et spécialiste de la décision, mettait en évidence le lien étroit entre une information pléthorique et la perte de l'attention, (voir la citation ci-dessus). L'équation est simple et le constat est radical.

Pour prendre en compte un maximum d'informations, il est indispensable de fractionner son « capital d'attention ».

Autrement dit, il sera toujours plus difficile de s'attarder le temps suffisant pour juger de la pertinence d'une information et l'exploiter à sa juste valeur. Le flux de nouveautés sans cesse renouvelé déroutera notre attention.

Designing Organizations for an Information-Rich World" in: Martin Greenberger, Computers, Communication, and the Public Interest, Baltimore. The Johns Hopkins Press. pp. 40–41 wikiquote

L'attrait de la nouveauté est irrésistible. Nous sommes toujours en attente d'un effet de surprise. Les spécialistes du marketing sur le web l'ont bien compris. Tous les moyens sont bons pour "capter" notre attention et nous détourner de nos centres d'intérêt afin de nous inciter à l'acte d'achat. C'est là leur objectif. Pour l'atteindre, ils inondent le web de publicités.

« Capter » est étymologiquement de la même famille que le verbe « chasser » (source Le Petit Robert).

De l'économie de l'attention à l'économie du partage

étudions ces deux aspects du web, d'un point de vue autant informationnel qu'économique.

1) De l'économie de l'attention...

La crainte de manquer quelque chose et de passer à côté du scoop sollicite en continu notre vigilance. On ne sait plus si l'on doit accorder notre intérêt à une information essentielle ou à un message publicitaire qui occupe la majeure partie de notre écran ou, plus subtilement, se camoufle au cœur du texte en cours de lecture.

Voir le syndrome FOMO Fear Of Miss Out, la peur de manquer quelque chose

Capturer notre attention par tous les moyens pour l'attirer vers des messages publicitaires et déclencher à terme l'acte d'achat, c'est un peu cela que devient le web. En tout cas, c'est ainsi que cherchent à le transformer les publicistes et spécialistes du marketing des médias en ligne. On parle alors d'économie de l'attention.

Une question de gouvernance

Il est vrai que le web a bien changé depuis son origine, où le partage et la mise en commun sans contrainte et sans limite en étaient la principale caractéristique. Désormais, tous les acteurs du monde économique, et pas uniquement les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), profitent de la permissivité libérale d'un internet sans réelle gouvernance.

Le web, une boîte à cash ?

Ces acteurs économiques ont rapidement su tirer parti de la démocratisation des accès à l'internet. Ils ont dicté les règles du marché à leur avantage. La question d'une gouvernance efficace de l'internet, toujours irrésolue, se pose aujourd'hui avec plus d'acuité. En attendant, ils brouillent les pistes.

Par chance, le web n'est pas encore réduit à n'être qu'une plate-forme d'expérimentations livrée aux publicitaires. Le média est bien plus complexe que cela. N'en déplaise à ses détracteurs, le web, c'est aussi l'économie du partage.

À l'économie du partage

L'internet et plus particulièrement les réseaux sociaux offrent des possibilités de coopération que l'on ne pouvait augurer il y a seulement une vingtaine d'années. Nos modes de partage et de confrontation d'idées ont été bouleversés de fond en comble, et le web est une véritable manne de connaissances pour l'auto-apprenant bien armé.

De la coopération étendue

La notion de coopération et de communauté est une voie d'essor majeure du web. Et c'est dans cet esprit qu'il s'agit de s'efforcer de considérer et d'utiliser ce fantastique média. Les initiatives de coopération ne manquent pas. Le logiciel libre et l'Open Source n'auraient jamais connu un tel développement sans une coopération internationale que seul permet le web.

Plus de la moitié des sites web sont gérés par une solution Open Source.

Citons aussi pour le secteur économique la multiplication des expériences de crowdfunding ou financement participatif. Le crowdfunding ouvre à tout un chacun la possibilité d'investir simplement et sans aucun intermédiaire dans les projets qui lui tiennent à cœur.

Le domaine politique n'est pas non plus en reste. Le parti de gauche espagnol Podemos utilise le web pour réaliser des sondages sur le vif. Très présent sur Twitter et à l'origine de forums dédiés, Podemos exploite les solutions coopératives qu'offre le web pour établir une interaction avec les citoyens.

L'expertise des foules

L'idée étant de profiter de « l'expertise des foules » pour ébaucher une nouvelle démocratie plus interactive en limitant au maximum l'intermédiation. Puisque c'est bien cela qu'apporte le web : un contact direct sans intermédiaire.

C'est dans cet esprit qu'il s'agit d'utiliser le web pour assurer sa formation. Nous avons évoqué au fil de ce dossier « les pépites de connaissance ». En effet, le candidat à l'autoformation en quête d'informations pertinentes pour construire ses connaissances est un peu dans la situation de l'orpailleur qui doit éliminer la collante et envahissante gangue pour laisser apparaître le minerai rare dans toute sa splendeur.

L'internaute, un chercheur d'or qui partage son filon

Pour poursuivre la métaphore, si les prospecteurs du Klondike n´hésitaient pas à sortir leur fusil pour défendre leur territoire, remarquons que les auto-apprenants les plus efficaces sont des orpailleurs d'un genre plutôt singulier : ils partagent leurs meilleurs filons ! L'information n'est pas un bien comme un autre. Elle acquiert de la valeur à être partagée au sein d'un réseau coopératif où chaque membre ne poursuit d'autre but que celui d'apprendre en commun.

Privilégions l'aspect humaniste du web

C'est bien évidemment en adoptant l'angle de vue du partage que l'auto-apprenant tire le meilleur parti du web. En privilégiant cette dimension, il satisfait ses besoins de formation personnels tout en contribuant à un projet humaniste d'un usage collaboratif et émancipateur des technologies de l'information. Pour conserver intacte notre confiance dans l'avenir du web, tout en maintenant notre capacité d'étonnement en éveil, gardons en mémoire cette citation de Roland Barthes :
L'histoire n'assure jamais le triomphe pur et simple d'un contraire sur son contraire : elle dévoile, en se faisant, des issues inimaginables, des synthèses imprévisibles.


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À lire...

IMPORTANT : Cet article est extrait du guide "Objectif : Débusquer les pépites de connaissance dans le foutoir du web". Voir ci-dessous...

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Cet excellent ouvrage dénonce le "solutionisme technologique" et l'Internet-centrisme. C'est à dire, la tendance de la société et surtout des GAFAM est de nous faire croire qu'à tout problème existe une solution technologique et cette solution, elle est sur Internet ! À lire.
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