Lean management, système d'organisation industrielle

03 juillet 2018 Par     Partagez
Réduire le Lean management à sa traduction française de "maigre" est bien la principale erreur des concepteurs peu conscients de la complexité d'une véritable démarche de progrès. Il ne s'agit pas d'adopter une vision exclusivement globale centrée sur la réduction des coûts et des délais mais bien de développer une approche depuis le terrain au plus près des vraies difficultés des salariés et collaborateurs de l'entreprise. Mais cela c'est en effet bien plus difficile. Voyons tout cela.
Il n'est pas difficile dans une industrie de faire le nécessaire, mais c'est en faisant le superflu qu'on gagne de l'argent. Traitez les hommes comme des machines, ils rendent le nécessaire; traitez-les comme des hommes, peut-être en obtiendrez-vous le superflu. Auguste DETOEUF

Définition du Lean Management

Ouvrières au travailLe lean management est un système d'organisation industrielle initié dans les usines japonaises du groupe Toyota (Toyota Production System) au tout début des années 70. Il s'agit d'un système d'organisation plus complexe que ce que pourrait laisser entendre la traduction littérale française, management "maigre".

L'objectif étant d'améliorer au mieux la performance des processus en exploitant les méthodes, techniques et pratiques déjà à la disposition des managers de la production industrielle.

Le Juste à temps, la qualité à tous les niveaux des processus et la réduction des coûts sont ainsi au programme.

Vue sous un angle plus pratique, plus concret, la démarche repose essentiellement sur la résolution active des problèmes récurrent de la production industrielle quel que soit le domaine d'activité.

Ainsi, :

  • la diminution des stocks,
  • la lutte contre les gaspillages et la réduction des défauts,
  • le juste à temps,
  • la production à flux tirés (Kanban...) et la maîtrise des délais,
  • la flexibilité et la gestion efficace des compétences,
  • tout comme la réduction des coûts, sont parties intégrantes de la démarche.

Une démarche d'amélioration continue

Si le 6 Sigma est utilisé pour réduire drastiquement la variabilité des processus, le lean, quant à lui, cherche non pas à réduire mais bien à éliminer tout ce qui est inutile au sein du processus, comme les temps d'attente qui nuisent à la fluidité, les retouches qui n'engagent pas toujours à chercher à faire bien du premier coup, les surproductions qui génèrent des stocks inutiles, les déplacements superflus... Bref tout ce qui en théorie peut être qualifié de gaspillage et pénalise les temps de cycle.

PDCA

Bien entendu, ce principe de réorganisation ne s'envisage pas comme un nouveau schéma à plaquer une fois pour toute sur les structures de l'entreprise. Toute la philosophie du lean réside dans le principe fondamental d'amélioration continue. On progresse par étape dans une logique PDCA, en référence la roue de W.E.Demings, Plan, Do, Check, Act.

La réussite du projet repose essentiellement sur la capacité à mesurer précisément le progrès selon les objectifs de performance que l'on s'est fixé. Lire notamment les recommandations de mesure pour un projet industriel.

Les 7 sources de gaspillage selon Taiichi Ohno

Taiichi Ohno est à l'origine du système "Toyota"
  • 1) Surproduction

    Produire plus qu'il ne faut pour le client, et créer du stock invendu pour utiliser les ressources ou anticiper les commandes à venir.
    Prendre soin de considérer tous les paramètres pour bien dimensionner la taille des lots.
  • 2) Stocks excessifs

    Les stocks sont la plupart du temps les cache-misère des processus de production non optimisés.
  • 3) Défauts, retouches et rebuts

    S'efforcer de faire bien du premier coup, soigner les procédures.
  • 4) Temps d'attente

    Un processus efficace est nécessairement fluide... Attention aux goulets d'étranglement.
  • 5) Transports inutiles

    Optimisation des emplacements des lieux de production.
  • 6) Déplacements inutiles

    Rationalisation des mouvements et déplacements.
  • 7) Traitements inutiles

    Éviter les travaux inutiles pour la valeur créée.
Et ne pas oublier la huitième source de gaspillage : la sous-utilisation des compétences. C'est une perte sèche autant pour l'entreprise que pour le salarié. C'est une cause majeure de démotivation. Cette source de gaspillage n'est pas toujours la plus aisée à identifier.

Voir aussi les 5 zéros et attardez-vous sur le sixième, le zéro mépris...

La mesure est au coeur de la démarche

La mesure et les indicateurs de performance sont l'unique moyen d'identifier les problèmes et de s'assurer que l'on est bien sur la voie du progrès.

Un peu de qualitatif dans vos indicateurs...

Pour mettre de son côté quelques chances de réussite, il particulièrement recommandé de ne pas se contenter de ne mesurer que des grandeurs quantitatives du type réduction des coûts et quantité produite. Une mesure précise de paramètres d'ordre qualitatif, comme le moral et la volonté de participer des acteurs de l'entreprise, sera la meilleure garantie pour un succès durable.

Cet aspect de la question n'est pas toujours envisagé par les experts de la démarche qui se contentent généralement d'imposer la solution, et ne prévoient que de vagues sessions d'informations pompeusement dénommées "accompagnement du changement".

Une démarche globale

Le lean impacte toutes les strates de l'entreprise et nécessite d'ailleurs une totale coopération à tous les niveaux, l'idée du lean management étant d'optimiser durablement la chaîne de valeur. Le Lean Management est donc étroitement lié à la démarche stratégique à moyen et long terme.

Les limites du lean

Avant d'envisager l'implantation du Lean Management, il est préférable d'étudier sérieusement la possibilité d'une démarche réellement coopérative. Si l'on souhaite une issue plus heureuse que les désastreuses radicalisations déshumanisées commises par les apprentis-organisateurs, il est indispensable que chacun puisse, sans contrainte aucune, trouver sa place et son rôle dans la durée.

La dictature du chronomètre

Les organisateurs qui ne raisonnent qu'en chiffres, le chronomètre à la main, et dont le cerveau ne connait pas d'autre opération que la soustraction, appliquent un peu trop à la lettre les principes du management lean les plus radicaux. Il est en effet nécessaire de se focaliser sur chaque étape de la chaîne de valeurs, du départ jusqu'au client final, afin d'identifier les gaspillages de tous types (voir ci-dessus les recommandations de Taiichi Ohno).

L'obstination du gaspillage

Cependant tous les gaspillages, pour un oeil extérieur, n'en sont pas nécessairement un si l'on considère le processus de création de valeur non pas dans sa représentation powerpoint, mais bien dans sa réalité : les femmes, les hommes et la durée...
À trop chercher à éliminer le "gras excédentaire", les "spécialistes du lean" et la direction obnubilée par les économies rapidement réalisées, ont conduit tout droit une entreprise à sa perte : une rationalisation des processus bien trop radicale relayé aussi sur le site des Echos.

Les principes du toyotisme bâclés

Enfin, on ne peut mettre en place un système lean, et ce quelque soit le domaine d'intervention, sans se référer aux principes du Toyotisme. Ils sont fondamentaux.
Le principe 13 prônant un principe de décision longuement réfléchi et par consensus ainsi que le principe 14 posant les bases d'une organisation apprenante sont généralement oubliés des démarches lean sur le terrain. Ce sont en effet les plus délicats. Ils exigent une réforme culturelle et une remise en cause des hiérarchies traditionnelles. Ces deux principes sont pourtant une des principales clés de la réussite du projet dans la durée.

Le grand oublié : le bien-être au travail

Nous aurions aussi pu citer de nombreux exemples dévoilant la détérioration du bien-être au travail. Si les gains sont rapidement perceptibles, les effets pervers de l'inévitable dégradation du bien-être au travail ne sont ressenties qu'à bien plus long terme.
Lire ici, un premier exemple vécu : Le lean sur le terrain, l'envers du décor.
Voir aussi sur le site de l'ANACT, l'Agence Nationale pour l'Amélioration des Conditions de Travail, les travaux autour des risques du Lean et du Toyotisme.

Une bonne entreprise se doit de conjuguer profit et bien-être des salariés

Ça ne se fait pas tout seul. Les théories de Milton Friedman invitant les dirigeants à ne se préoccuper que de la maximisation du profit comme unique morale de l'entreprise a fini par faire des petits. Bien des concepteurs de système de Lean Management ne se sentent guère concernés par cette exigence et déclinent donc les principes du Toyotisme dans une dimension unique : l'accroissement du profit.

La sous-traitance, la principale victime des réorganisations sauvages

Les sous-traitants subissent d'une manière encore plus violentes ces réorganisations conduites tambour battant sans tenir compte du bien-être social.
Annie Thébaud-Mony sociologue est l'auteur d'un petit ouvrage publié à "La découverte" : couverture du livreTravailler peut nuire gravement à votre santé
Ce livre est le fruit d'un long travail de terrain dans le monde de la sous traitance.
L'auteure précise : "Les choix d'organisation du travail relèvent des "décideurs" et "managers", à qui incombe la responsabilité d'abaisser constamment les coûts et qui sous-traitent le travail et ses risques. En bout de cascade de la sous-traitance, les figures de l'intérimaire et de tous les travailleurs "invisibles", en France ou ailleurs, témoignent d'un retour à l'insécurité et à l'indignité : à des formes modernes de servitude."

On ne résout pas tout avec des règles et des procédures...

Ce n'est pas la justesse des procédures et des règles établies qui assurent le bon fonctionnement d'une entreprise, quels que soient sa taille et son secteur d'activité. Non, une entreprise fonctionne bien essentiellement grâce à la prise d'initiative silencieuse des salariés et de la qualité du tissus relationnel que chacun d'entre-eux entretient au delà des définitions de fonctions et de l'organigramme.
Il n'est pas prudent financièrement parlant (puisque c'est cela la finalité d'une entreprise, ne nous trompons pas) de laisser se dégrader l'enthousiasme et la volonté de bien faire son travail qui animent la très large majorité des salariés.

A ce sujet, voir aussi

Ressources web

  • lean.org Lean Enterprise Institute
  • leanuk.org The Lean Enterprise Academy
  • anact.fr l'Agence Nationale pour l'Amélioration des Conditions de Travail

Un premier retour historique

La citation en exergue de cet article est extraite de l'excellent ouvrage d'Auguste Detoeuf, propos d'O.L. Barenton, confiseur Editions Eyrolles.
Cet ouvrage plein d'esprit, dans la meilleure tradition française, nous livre les réflexions, sous forme d'aphorismes, d'un industriel obligé de se convertir dans la confiserie au lendemain de la Grande Guerre.
Paradoxes sur l'argent et le pouvoir, propos humoristiques sur l'économie politique, l'industrie, la nature humaine, le fonctionnement des entreprises. Ce classique des années trente connaît toujours un succès sans ombre, il s'impose dans une bibliothèque digne de ce nom (disponible chez Amazon.fr )

Il est d'ailleurs intéressant de rapprocher cette citation qui date tout de même de 1930 de celle-ci :

L'homme peut s'adapter à des situations nouvelles.
Or, la capacité d'adaptation ne dépendra pas seulement de l'expérience passée mais aussi de la largeur de vue. C'est même ce qui distingue l'homme de la machine. La machine travaille avec plus d'exactitude que l'homme, mais au contraire de celui-ci, elle est incapable de s'adapter à un genre de travail différent. Il faut jeter la ferraille et la remplacer par une autre. Mais personne ne songe à renvoyer les ouvriers parce que l'on a décidé d'adopter un outil nouveau ou une nouvelle méthode de travail.
L. Chambonnaud : « Les affaires et le personnel » Dunod 1918.

Ouvrage de référence

1. Un ouvrage de référence pour bien comprendre le lean, Ce livre adopte une démarche didactique, il est tout à fait adéquat pour bien comprendre les fondamentaux et les principes généraux de la méthode.

Système Lean : Penser l entreprise au plus juste Le management Lean
Auteurs : Michael Ballé, Godefroy Beauvallet
Pearson Expert
248 pages
Prix : 21 Euros

Dispo :
www.amazon.fr

1. Cet ouvrage est la traduction du Best Seller "The Lean Strategy", illustré d'exemples il est bien utile pour comprendre les principes généraux de la méthode.

La stratégie Lean La stratégie Lean: Créer un avantage compétitif
libérer l'innovation, assurer une croissance durable en développant les personnes
Auteurs : Michael Ballé, Daniel Jones, Jacques Chaize
Pearson Expert
350 pages
Prix : 39 Euros

Dispo :
www.amazon.fr

2. Un ouvrage de référence écrit par le fondateur du Lean Enterprise Institute et le fondateur du Lean Enterprise Academy.

Système Lean : Penser l entreprise au plus juste Système Lean - Penser l'entreprise au plus juste
James Womack, Daniel Jones
Pearson Education 2ème édition décembre 2012
464 pages
Prix : 41 Euros
Dispo :
www.amazon.fr,

3. Et pour ne pas rêver trop fort à trop idéaliser le Lean et le système Toyota et foncer tête baissée, lire et relire l'excellent "Toyota l'usine du désespoir" de Satoshi Kamata, un témoignage précis et détaillé vue de l'intérieur des usines Toyota, bien loin du marketing et de la légende officielle.

Toyota - L usine du désespoir Toyota - L'usine du désespoir
Satoshi Kamata
Demopolis
258 pages
Prix : 21 Euros
Dispo :
www.amazon.fr,

4. Les 14 principes du Toyotisme expliqués. Il est indispensable de les connaître si l'on souhaite bien évaluer les enjeux de la démarche.

Le modèle Toyota , 14 principes qui feront la réussite de votre entreprise Le modèle Toyota
Jeffrey Liker - Pearson Education -
Editions 2018
392 pages
Dispo :
www.amazon.fr

Comment Piloter l'Entreprise Collaborative ?

Pour insuffler l'esprit d'innovation en entreprise il n'existe guère d'autre solution que celle de déléguer la prise de décision auprès des managers de terrain et des équipes autonomes.
Mais comment faire ? C'est là l'objet de ce livre.

Les Tableaux de Bord du Manager Innovant Lire la fiche, extrait et commentairesLes Tableaux de Bord du Manager Innovant
Une démarche en 7 étapes pour faciliter la prise de décision en équipe

Auteur : Alain Fernandez
Éditeur : Eyrolles
Date de publication : 12 avril 2018

Une démarche en 7 étapes pour déléguer la prise de décision auprès des managers de terrain et des équipes autonomes tout en assurant la cohérence globale du pilotage.
Lire la fiche détaillée  »»»
Se procurer ce livre :

         

Un second retour historique

Finissons avec une petite perle, pas récente mais un véritable bijou. Un livre intéressant pour tous ceux qui s'imaginent encore aujourd'hui que les marchés ont une capacité infinie d'absorption. Les techniques marketing pour pousser à la consommation et donc "digérer" la croissance continue de la production, étaient déjà bien présentes en... 1880!

le droit à la paresse

Le droit à la paresse "Si les crise industrielles suivent les périodes de surproduction aussi fatalement que la nuit le jour, traînant après elle le chômage forcé et la misère sans issue, elles amènent aussi la banqueroute inexorable.
Tant que le fabricant a du crédit, il lâche la bride à la rage du travail, il emprunte et emprunte encore pour fournir la matière première aux ouvriers.
Il fait produire, sans réfléchir que le marché s'engorge et que, si ses marchandises n'arrivent pas à la vente, ses billets viendront à l'échéance."

Le droit à la paresse. Paul Lafargue

Paul Lafargue, gendre de Karl Marx au civil, écrivait ce court (et excellentissime) essai en 1880.
Cet écrit est une réflexion de fond sur le rôle du travail dans la société, comment en ajuster au mieux la nécessité en respect des besoins et droits fondamentaux de tout un chacun. Un regard acéré et analytique des principes de fonctionnement de la société industrielle.

Un second extrait pour la bonne bouche :
"Le grand problème de la production capitaliste n'est plus de trouver des producteurs et de décupler leurs forces, mais de découvrir des consommateurs, d'exciter leurs appétits et de leur créer des besoins factices."

Le droit à la paresseLe droit à la paresse
Paul Lafargue
Editions le Pommier
74 pages 6 Euros
Dispo chez
www.amazon.fr




Partagez cet article...

Envoyer le lien de cet article par e-mail   
(total partages cumulés > 165)

La reproduction ou la traduction totale ou partielle de ce texte, images et documents est formellement interdite. Voir ici les conditions pour publier un extrait sur votre site ou blog. Ce texte et les images et documents qu'il contient est déposé auprès de l'IDDN

Suivez aussi les news du portail sur Twitter et rejoignez-nous sur Facebook

Google+    Twitter    Facebook

Excel ® est une marque déposée de Microsoft Corp ®
Gimsi ® est une marque déposée de Alain Fernandez



Six Sigma ou 6 Sigma, est une marque déposée de Motorola Corp.
Copyright : Alain FERNANDEZ ©1998-2018- Tous droits réservés
Toutes les marques citées sur cette page sont des marques déposées de leur propriétaire respectif.


Le Portail du Manager Innovant
Le portail du Manager Efficace Piloter.org