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La gestion des risques du projet

01 octobre 2018  Par   Partagez
Bien trop de managers peu expérimentés négligent l'analyse des risques, une étape pourtant indispensable de la conduite de projet indépendamment de son périmètre et de sa portée. En ne considérant pas la prévention des risques à sa juste valeur, on se condamne à répéter sans fin les mêmes échecs. Bâcler l'analyse de risques n'est rien d'autre qu'une lourde erreur de management. Voyons comment identifier les risques du projet et les évaluer pour mieux les maîtriser.

Qu'est-ce que le risque ?

Rien n'est moins sûr que l'incertain.
Pierre DAC (L'os à moelle)

Définition

Table mesure des risquesLe risque est un danger éventuel plus ou moins prévisible qui peut affecter l'issue du projet. Il ne sera pas possible de tous les éliminer, le risque zéro n'existe pas.
Source : Le chef de projet efficace

Toute la question repose sur la capacité d'anticiper le risque. Somme-nous capables d'estimer la probabilité d'occurrence du risque et d'en anticiper les éventuelles impacts en termes de gravité si jamais le pire arrivait. Comment les prévenir ? Et, le cas échéant, comment y remédier pour amortir les impacts ?
Voilà des questions qui méritent des réponse précises. Mais attention, tous les risques ne sont pas prévisibles, il faudra bien compter avec les impondérables.

Comment évaluer les risques ?

Bien entendu, il est inconcevable d'envisager de se prémunir de tous les dangers inhérents à la conduite d'un projet complexe. Il est toutefois indispensable de procéder à une étude complète et raisonnée des risques potentiels plus ou moins prévisibles, afin de dépasser le stade des croyances fondées ou non. Une analyse rigoureuse est une bonne garantie de réussite. la démarche la plus simple se déroule en cinq temps majeurs.

La carte de "chaleur"

La table qui suit est un exemple de ventilation des risques inventoriés en tenant compte de la criticité et de la probabilité d'occurrence.
La zone rouge, de "haute chaleur" répertorie les risques inacceptables à aucun prix.
La zone jaune, " de chaleur moyenne" identifie ceux qui nécessitent des palliatifs préalablement définis.
Ceux de la zone verte sont acceptables selon les conditions définies au moment de l'élaboration de la table.

La table de gestion des risques (heat map)
(Heat map)

Comment faire : Les 5 étapes de la méthode d'Analyse

Voyons maintenant comment dérouler la démarche afin de démarrer le projet en limitant autant que faire ce peut les risques d'échecs. Cette démarche se déroule en 5 temps majeurs, tous aussi importants les uns que les autres.

  • Étape 1 : Établir l'inventaire des risques

    Étape 1 Inventaire Il s'agit de ratisser large et de considérer toutes les formes de risques (humain, financier, organisationnel, technologique...)
    Types de risques potentiels : financiers, organisationnels, techniques, sociaux, environnementaux sont pris en considération sans aucune exception.

    • Sources d'information : Enquêtes de terrain, exploration des archives, analyse de la mémoire des réalisations antérieures, consultation d'experts. Une large consultation de tous ceux qui ont approché par le passé un projet similaire est une source précieuse d'information.
    • C'est aussi lors de cette étude que l'on mesure l'importance d'établir une mémoire des projets réalisés qu'ils aient réussi ou échoué. Voir notamment ce chapitre consacré à la mémoire du projet.
  • Étape 2 : Valoriser les risques

    Étape 2 Valoriser Tous les risques n'ont pas la même probabilité de survenance.Tous les risques ne sont pas égaux en termes de criticité. Il s'agit au cours de cette étape d'effectuer un classement rationnel.

    • Gravité : L'axe des abscisses de la carte de chaleur ci-dessus. Il s'agit d'évaluer la criticité de chacun des risques en termes d'impact, de dommages et de conséquences. Là encore on n'hésitera pas à explorer la mémoire "collective" des projets passés.
    • Probabilité : L'axe des ordonnées de la carte de chaleur ci-dessus. Ensuite, on évalue la criticité en termes de probabilité d'occurrence. Cet exercice n'est pas le plus aisé, on s'en doute. La précision en est toute relative.
  • Étape 3 : Définir les parades

    Étape 3 Parades Pour chacun des risques, on se posera ces 3 questions successives : - Peut-on l'éliminer ? - Peut-on en limiter les effets ? - Doit-on modifier le déroulement du projet  ?

    • Éliminer le risque. Est-il possible de l'éliminer en augmentant les ressources ou en intégrant dans l'équipe de nouveaux intervenants spécialistes de la question et plus aguerris ? Le coût sera l'un des principaux critères de jugement.
    • Limiter les effets dévastateurs des sinistres potentiels. De même, la solution est souvent du côté de l'optimisation de la gestion des ressources.
    • Réviser le projet. Faut-il modifier les orientations, limiter les spécifications et trouver des alternatives plus paisibles quitte à modérer les ambitions et à procéder à des simplifications  ? Une précaution à prendre au cas par cas.
    • Il ne faut pas non plus hésiter à limiter le périmètre du projet pour gagner en visibilité. les projets courts et rapidement mis en oeuvre sont plus aisés à gérer et à intégrer dans l'existant. Voir ici Voir les principes de l'urbanisation.
  • Étape 4 : Identifier les points critiques

    Étape 4 Points critiques Une étape souvent oubliée dans les études de risques.
    Les risques sont changeants. La probabilité et la criticité évoluent au fur et à mesure de l'avancement du projet. Certaines phases du projet sont plus à risques que d'autres. Il faut les identifier.

    • Lieux et/ou moments où la probabilité et/ou la gravité sont les plus importants, les instants du déroulement où il faudra redoubler de vigilance.
  • Étape 5 : Réviser la table des risques

    Étape Réviser
    La table des risques n'est pas statique. Il faut la réviser régulièrement.

    • Suivre l'évolution dans le temps de la criticité. Cette table n'est pas statique, elle n'est pas non plus une assurance.
      Prévoir un danger n'est pas s'en protéger !
    • En outre, la dangerosité potentielle tout comme la probabilité d'occurrence évoluent au fil du temps et de l'avancement.
      Cette table sera soigneusement suivie et mise à jour très régulièrement.

    Comment réussir son analyse des risques  ?

    Étape 6 Comment faire ?Pour réaliser cette analyse essentielle pour la réussite du projet, on implique un maximum d'acteurs directs et indirects, on exploite les archives, on incite « les experts du moment » à la communication quels qu'ils soient, où qu'ils se trouvent. Toutes les péripéties des projets passés, comme les difficultés et la manière de les solutionner, sont une mine de ressources pour la réflexion préalable à l'analyse de risques. Mais encore faut-il avoir pris le soin d'enregistrer les expériences passées...

    Le soin apporté lors du déroulement de chacune des étapes de l'analyse de risques est d'une importance capitale pour la réussite du projet. La méthode proposée ici est développée et détaillé dans le guide pratique « Le chef de projet efficace » dont la dernière édition renforce encore cet aspect essentiel, clé de la réussite.

    Les risques connus et les risques inconnus

    En fait, il existe trois catégories de risques :

    • 1. Les risques connus
    • 2. Les risques que l'on ne connait pas mais que l'on pourrait connaître
    • 3. Les risques que l'on ne connaît pas et que l'on ne peut pas connaître

    Selon le degré de maturité de l'entreprise en matière de gestion de projets, la catégorie 1 sera plus ou moins importante.

    L'analyse de risques, telle celle que l'on vient de dérouler, vise justement à faire passer un maximum de risques potentiels depuis la catégorie 2 vers la catégorie 1.

    Les risques inconnus

    Les risques de la catégorie 3 sont tous les risques auxquels on ne pensera pas, même avec une analyse parfaitement conduite.

    Les projets cumulant en termes de complexité un maximum d'inconnues comme : une technologie trop jeune, un projet trop long aux multiples impacts, des parties prenantes trop nombreuses et peu fédérées, etc...
    Bref, tout ce qui complexifie un projet augmentera cette troisième catégorie des risques inconnus et que l'on ne peut pas connaître.
    La solution semble tomber sous le sens et c'est un plaidoyer pour des projets courts, quitte à les multiplier pour parvenir à la finalité désirée.

    "Improbable" n'est pas synonyme de "Impossible"

    En référence à la matrice des risques ci-dessus, il est tentant de considérer les risques "Improbables" aux lourdes conséquences comme "Impossibles" et de ne pas s'en préoccuper plus que cela. "Improbable" n'est pas un strict synonyme de "Impossible" :

    • Impossible : Qui ne peut être, exister ; qui n'est pas possible.
    • Improbable : Qui étonne par son caractère peu ordinaire, inattendu.
    Source : © Le Grand Robert

    • Ainsi, un raz de marée, un tsunami pour être plus précis, qui détruit une centrale nucléaire (Fukushima) et génère une catastrophe aux conséquences dramatiques, qu'elles soient humaines, économiques et écologiques, c'est possible. Malgré les estimations des ingénieurs qui ont conçu cette centrale et son implantation.
    • Un virus issu d'une chauve-souris ou d'un autre animal, ou encore échappé d'un labo on ne saura jamais vraiment, qui met en rideau la vie et l'économie de quasiment toute la planète, c'est possible.
    • Un data center (OVH) qui s'enflamme comme une boîte d'allumettes et met en panne 3,6 millions de sites web avec perte de données pour un grand nombre, c'est possible
    • Un tanker qui se met en travers du canal de Suez et bloque le principal axe de circulation maritime, c'est possible.
    Y avait-il moyen d'anticiper ces désastres ? IL est surtout important de ne pas utiliser la case du haut à droite de la matrice (1,1) pour se défaire de ses responsabilités.

    Pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu, voir à ce sujet le best seller de Nassim Nicholas Taleb, Le cygne noir publié aux Belles Lettres. Les cygnes noirs sont les événements improbables aux impacts énormes et presque impossibles à prévoir. Et pourtant après coup, on essaie et on parvient souvent à leur trouver une explication rationnelle. Un ouvrage incontournable de l'incertitude.

    Voir aussi : Reducing Unwelcome Surprises in Project Management Sloan Management Review.

    À ce sujet, voir aussi

    • Comment prévenir les risques du projet
      Il n'est guère possible de se protéger de tous les risques qui menacent le bon achèvement du projet. Cela dit, avec de bonnes habitudes, on peut aisément en prévenir une bonne partie. La première et la plus essentielle de ces habitudes c'est de communiquer. Communiquer c'est parler, expliquer mais c'est aussi écouter. C'est provoquer l'échange et inviter tous les acteurs de l'entreprise parties prenantes directes et indirectes à donner le maximum d'informations. Voyons ce qui se passe lorsque le chef de projet préfère rester dans son coin.
    • Qu'est-ce que l'AMDEC ?
      L'AMDEC est une méthode conçue spécifiquement pour identifier les modes de défaillance d'un produit, d'un procédé ou d'un processus. Cette démarche exige rigueur et précision, son efficacité est à ce prix. L'AMDEC est née au sein de l'industrie aéronautique. L'industrie automobile l'a ensuite rapidement adoptée. Aujourd'hui, les applications de l'AMDEC sont multiples. Voyons tout cela.
    • Méthode d'analyse des risques
      Comment réaliser une analyse des risques lorsque l'on entreprend en indépendant (freelance) ? Tous les risques ne sont pas prévisibles et équivalents. Commencer par identifier les risques potentiels sur une matrice selon leur gravité et leur probabilité.

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    À lire aussi...

    Un cygne de couleur noir était inimaginable avant que l'on ne les découvre en Australie. Pourquoi persister dans des certitudes qui finiront par nous mener à l'impasse lorsque l'évènement hautement imprévisible se produira. Parce qu'il se produira...

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    La puissance de l'imprévisible

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