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Transmettre ses connaissances pour mieux les consolider

03 décembre 2019  Par   Partagez

Enseigner pour consolider ses savoirs

La meilleure manière d’évaluer le degré d’acquisition de ses connaissances, c’est encore de les transmettre à son tour. Préparer un cours contraint à explorer les recoins les plus cachés de ses savoirs fraîchement acquis. En effet, aussi sérieux soit-on, on se laisse toujours tenter par la facilité d’une « impasse » dans son schéma d’acquisition. « Ce n’est pas important », « Je verrai cela plus tard », « Ça m’ennuie ». Quelle que soit l’excuse, la dernière étant la plus courante d’ailleurs, les lacunes seront inévitablement mises en évidence au cours d’une session de formation. Il est assez facile d’imaginer l’embarras du formateur qui, face un public attentif, se voit pris au piège de sa propre ignorance. Nicolas Boileau en son temps avait bien exprimé l’importance de bien maîtriser son sujet avant de le transmettre.

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. Nicolas Boileau L’art poétique

Objectif de cette fiche pratique

Objectif Mieux maîtriser la communication.
Résultat attendu Savoir transférer une connaissance.
Conseil Bien maîtriser la communication est aussi un outil d’évaluation de ses propres connaissances.
Risques d’échec Faire confiance à son talent d’orateur et ne pas chercher à vérifier le feed-back de son auditoire.

Communiquer ses savoirs, c'est déjà bien s'exprimer
C'est évident, comment pourrait-on transférer ses connaissances si on ne maîtrise pas
Mais...

Pour bien s’exprimer, encore faut-il avoir compris son sujet

Ce propos semble tomber sous le sens. Pourtant, il est à parier que la plupart d’entre nous se sont déjà trouvés en présence de formateurs, d’enseignants ou de conférenciers qui, fâchés avec la simplicité, s’acharnent à embrouiller le message plutôt qu’à l’éclaircir.
Ils usent et abusent de termes techniques, de sigles et acronymes afin de laisser supposer qu’ils ne s’adressent qu’aux initiés.
Bien souvent, il ne s’agit là que de subterfuges langagiers afin de masquer une connaissance trop partielle de certains aspects du sujet exposé.

Le constat n’est pas nouveau, et personne ne l’exprimera jamais aussi clairement que Nicolas Boileau (1636-1711) avec la célèbre maxime extraite de l’art poétique citée en exergue de ce chapitre et reprise ci-après.

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément.
Étudions le premier terme de la maxime Ce que l’on conçoit bien
Le verbe concevoir s’entend ici dans le sens de comprendre.

En s’inspirant de la psychologie de la perception, on peut définir trois stades de compréhension d’un thème.

  • 1er Stade dit « Superficiel »

    En psychologie de la perception, on parle de syncrétisme. Ce substantif fait référence à la perception globale et indifférenciée.

    Syncrétisme : Appréhension globale et plus ou moins confuse (d'un tout). Le grand Robert

    Sur le plan de la compréhension, l'individu, mauvais formateur pour l'occasion, n’a pas encore remis en question ses propres certitudes et ses jugements de valeurs. Il accorde une attention particulière aux informations qui ne bousculent pas ses certitudes et lui apportent un simple vernis sans explorer plus avant.

    À ce stade, on ne peut pas dire "qu'il conçoit bien". Il ne pourra donc "l'énoncer clairement". Son message, mal compris à l'origine embrouiller plus qu'autre chose son auditoire.

    Remarque

    Cela dit, tout apprentissage commence ainsi. Un effort est nécessaire pour dépasser ce premier stade. La rigueur professionnelle, l’appétence et la curiosité sont généralement suffisantes pour passer au stade suivant.

  • 2e Stade dit « Analytique »

    L'apprenti formateur commence à structurer ses nouvelles connaissances. Il est encore difficile de les intégrer et de les mettre en perspective avec son propre vécu et ses savoirs déjà acquis.

    Il se réfère à toute instant à sa formation. Il n’est pas encore capable de l’adapter à une situation donnée. Si l’auto-apprenant cherche à transmettre ses nouvelles connaissances, les explications seront longues et laborieuses. Ce mode de pensée impose en effet de décomposer le thème en sous-éléments pour mieux les comprendre.

    Il est encore incapable d'énoncer clairement, puisqu'il ne conçoit pas encore tout à fait bien.
  • 3e Stade dit « Synthétique »

    À ce stade ultime de la compréhension, le sujet est parfaitement dominé, les auditeurs le ressentent immédiatement. L’auto-apprenant saisit la globalité de la question et de ses interactions sans être contraint de la décomposer explicitement.
    C’est uniquement quand on a atteint ce stade que l’on peut prétendre "énoncer clairement", toujours en référence avec la maxime de Boileau..

Infographie, les trois stades de la perception

Infographie, les trois stades de la perception
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Evaluation des acquis

Une question se pose alors : Comment sait-on que l’on a atteint le stade ultime de la compréhension ? Le petit test rapide suivant en quatre points nous permet de répondre à cette question et d'évaluer nos acquis en deux temps trois mouvements.
Ce petit test rapide en quatre points nous permet de répondre à cette question.

  • Parvient-on à extraire l’essentiel sans s’encombrer de détails ?

    Les détails sont utiles tant qu’ils enrichissent le propos. L’abondance de détails embrouille et les auditeurs perdent le fil de la démonstration.
    Fuyez de ces auteurs l’abondance stérile,
    Et ne vous chargez point d’un détail inutile.
    Tout ce qu’on dit de trop est fade et rebutant ;
    L’esprit rassasié le rejette à l’instant.
    Écrivait Nicolas Boileau un peu plus avant L’art poétique
  • Sait-on mettre en évidence les relations entre les sous-ensembles ?

    Une connaissance mal maîtrisée ressemble à un plat de spaghettis avec des liens dans tous les sens. On ne comprend pas comment les composants interagissent et l’on ne voit pas les relations essentielles.
  • Est-il aisé d’identifier les interactions avec les thèmes connexes ?

    La connaissance croît au fur et à mesure des interconnexions que l’on est capable de mettre en évidence.
  • Sait-on l’expliquer sans difficulté ?

    C’est là le thème de la seconde partie de la maxime...

    Infographie, évaluation des connaissances

    Infographie, évaluation des connaissances
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    Comment bien communiquer ?

    Analysons maintenant le deuxième membre de la maxime « S’énonce clairement » Une bonne démarche de communication se déroule en respectant les quatre temps suivants :

    • 1. On s’en tient à l’essentiel

      On suit les grandes lignes et on présente clairement les concepts clés et leurs enchaînements. Ce n’est pas toujours si facile. Y parvenir, c’est bien la preuve que l’on a su dégager les idées maîtresses des idées secondaires.
    • 2. On ne s’éparpille pas

      On évite de se fourvoyer dans des détails ou des exemples qui n’apportent pas nécessairement un support aux idées principales à développer. L’auditeur de votre message, lui, n’a pas encore identifié les idées maîtresses, et ne sait pas encore les isoler des idées secondaires et des détails accessoires et anecdotiques qui gênent la compréhension.
    • 3. On respecte la hiérarchie des concepts

      Les différentes parties de la connaissance transmise sont présentées selon un enchaînement logique au sens des auditeurs.
    • 4. On reste à l’écoute des suggestions

      On apprend en permanence. L’écoute de son interlocuteur est toujours enrichissante. Bien des questions posées ouvrent de nouvelles perspectives. C’est aussi le moyen d’évaluer la qualité de la transmission du message, le feed-back en quelque sorte.

    Infographie, Bien Communiquer

    Infographie, Bien Communiquer
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    Bien s'exprimer pour mieux transmettre ses connaissances

    Achevons ce chapitre avec l’analyse du troisième et dernier membre de la maxime « Et les mots pour le dire arrivent aisément »
    Pour bien communiquer, il est inutile de s’aventurer dans les recoins inexplorés du dictionnaire en quête de figures de style pour soigner son effet. Il est toujours préférable de choisir un registre de langue suffisamment courant pour la profession afin qu’il soit le plus accessible à son auditoire. Cette recommandation, Michael Faraday l’a d’ailleurs bien mise en pratique dans l’ouvrage :Histoire d’une chandelle, un ouvrage accessible de ce fait aux plus jeunes.

    Mais choisir le mot juste n’est pas toujours si simple

    Commençons par nous méfier des synonymes, tous les mots ne sont pas aussi interchangeable que peut le suggérer un dictionnaire de synonymes aussi complet soit-il.
    • Les synonymes n’existent pas toujours...

      Les dictionnaires de synonymes ne sont pas la solution systématique. Les sens diffèrent nécessairement d’un mot à l’autre et les termes ne sont pas interchangeables en toute situation. Pour bien se faire comprendre, il est toujours préférable de chercher le mot juste. Il en existe rarement plus d’un seul.
    • En revanche, les contresens, eux, existent !

      Lorsque l’on est au cœur de son propos, on risque d’oublier que son interlocuteur est dans un autre univers. Si l’on ne s’efforce pas de bien formuler son idée, si l’on n’utilise pas les bons termes pour bien l’exprimer, si l’on n’écoute pas avec intérêt les remarques et les questions, on n’évitera pas les interprétations erronées.
    • Mieux que les mots, un croquis !

      Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours, dit-on...
      Ce propos n’est pas original, mais toujours d’actualité. Quel que soit le sujet, un graphique éveille toujours un écho avec notre système personnel de pensée. Un coin de table, une feuille de papier et deux ou trois feutres de couleur pour dessiner quelques volumes et quelques flèches sont bien suffisants pour exprimer une bonne idée, un concept ou un projet.
      C’est le point de départ d’une discussion riche et créative.

      Ce petit croquis réalisé à destination d’interlocuteurs attentifs résiste mal aux zones d’ombre et aux incompréhensions. Pour simplifier le « compliqué », encore faut-il avoir bien saisi ce qui différencie l’essentiel du secondaire, et ne pas se fourvoyer dans une multitude de détails. C’est une évaluation en grandeur nature de ses acquis.

    • Mais pas sans explication

      Un croquis n’existe pas sans les explications associées. Ce n’est que le support d’un échange. Il est donc inutile de le transmettre tel quel. Celui qui n’a pas participé à son élaboration, ni suivi l’explication, ne pourra en saisir le sens.

    Infographie, Bien exprimer ses idées

    Infographie, Bien exprimer ses idées
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    L’erreur à ne pas commettre

    Confondre compliqué et complexe, simplicité et simpliste.
    On ne peut pas comprendre quelque chose de compliqué si l’on ne se donne pas la peine de le simplifier. On ne peut pas simplifier quelque chose de « complexe » au risque d’aboutir à un raisonnement « simpliste » et donc erroné.

    Compliqué Ce qui est difficile à comprendre ou à réaliser.
    Simplicité Qualité de ce qui n’est pas chargé d’éléments superflus, de ce qui obtient un effet esthétique avec peu de moyens.
    Complexe Qui contient, qui réunit plusieurs éléments différents.
    Simpliste Qui ne considère qu’un aspect des choses et simplifie outre mesure.

    Achevons avec l'extrait de l'Art Poétique

    Il est certains esprits dont les sombres pensées
    Sont, d’un nuage épais, toujours embarrassées ;
    Le jour de la raison ne le saurait percer.
    Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.
    Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
    L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
    Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément.
    Nicolas Boileau L’art poétique

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