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Analyse de risques, plan de prévention et autres calembredaines

Mise à jour le 22 février 2022  Par   Partagez
La meilleure manière de foirer un projet sans pour autant en assumer la responsabilité reste encore de bâcler l'analyse de risques et les plans de prévention. Comme ça, quand le projet part en sucette, on dit que c'est la faute À pas de chance. Et ça marche ! Nous sommes tous dupés ! Voyons ci-après un témoignage de terrain presque vrai...

Gestion des risques, vision à court terme et maximisation des profits...

Gestion des risques

L'analyse des risques et les plans de prévention, on connaît la rengaine. J'identifie, je farfouille un peu les historiques des anciens projets, je questionne à droite à gauche, je ventile, je valorise à qui mieux mieux et hop !
C'est fini ! J'ai fait mon job ! Une formalité de plus de remplie !
Et si jamais il se passe quelque chose d'imprévu... Eh bien, on dira que c'est la faute à pas de chance ! Ou mieux encore, on dénoncera un "cygne noir", un de ces évènements tellement improbables que l'on reste pantois lorsqu'ils surviennent ! Imprévisibles par définition, je ne suis donc pas responsable, l'honneur est sauf !

On peut aussi mettre la faute sur le dos de la complexité. C'est également une bonne excuse. On ne peut quand même pas tout prévoir ! Il ne faudrait pas abuser !

Ne vit-on pas des temps d'incertitude ? Qui pourrait affirmer le contraire ? De toute façon, depuis le temps que l'on nous affirme que le "risque zéro n'existe pas", nous en sommes tous convaincus...

Voilà de quoi clore les débats et boucler l'analyse de risque avec la satisfaction du travail accompli.

On suit toujours l'indicateur de performance le plus gratifiant...

En revanche, on sera moins tenté de culpabiliser l'insatiable course à la maximisation des profits. Cette course infernale qui repousse les opérations de maintenance au delà de la dernière extrémité, exhorte à négliger les conclusions des études d'impacts préalables et à surseoir les travaux d'expertise.

De toute façon, ne nous leurrons pas, on suit toujours l'indicateur de performance le plus gratifiant ! Dans une logique de maximisation des profits, on félicitera le plus économe, le meilleur chasseur de coûts.

Pourquoi hésiter alors ? Sabrons les études de risques ! Supprimons la maintenance préventive ! Limitons les révisions préalables ! Et poussons les composants à l'extrême de leurs limites...
Et l'on obtient quoi en retour ? L'accident de Challenger pour une économie de quelques dollars, BP Petroleum et la catastrophe du Golfe du Mexique, Fukushima, Bopal ou AZF... Chacun peut compléter cette liste malheureusement sans fin...
Ensuite, on peut toujours tenir des congrès sur le développement durable.

Une analyse de risques bien conduite

L'Analyse de risques n'a d'autre finalité que d'établir un plan de prévention aussi exhaustif que possible afin de rendre les risques potentiels acceptables. Il n'existe pas un nombre infini d'alternatives : soit on élimine le risque, soit on en réduit l'impact, soit on se prépare à affronter le cas échéant l'aléa afin d'éviter qu'il ne se transforme en catastrophe. Voilà l'utilité d'un plan de prévention bien préparé. Jusque là, tant que le propos est théorique, c'est relativement aisé.

Confrontée à la réalité du terrain

Passons maintenant à la réalité du terrain, à la culture de l'économie systématique et du dégonflage des enveloppes budgétaires.
Qu'en est-il lorsque le chiffrage des solutions palliatives commence sérieusement à mettre en doute la faisabilité globale ?
Comment faire entrer dans le budget, limité par principe, la prévention des risques aux conséquences les plus graves ?

Dans une logique de maximisation des profits, on fera une fois de plus appel à sa bonne étoile. La confiance aveugle en des croyances idéologiques remplacera la rationalité la plus élémentaire.

Un tremblement de terre ? Pas possible !
Un tsunami ? Ne dites pas n'importe quoi !
"De toute façon, statistiquement, ce n'est pas pour demain et qu'après moi le déluge survienne m'importe peu, je ne serai plus là pour assumer"
, pourrait-on entendre raisonner les plus cynico-réalistes.

La logique de maximisation des profits transformera systématiquement les risques aux graves conséquences en risques hautement improbables. Ils sont donc éliminés du plan de prévention. Affaire réglée !

L'éthique personnelle et les whistleblowers

C'est bien là que réside la difficulté de conduire une analyse de risques digne de ce nom. Comment accepter en toute conscience la requalification des risques aux conséquences trop coûteuses ? Ne faudrait-il pas quelquefois résister à la tentation de couvrir d'un chaste mouchoir sa propre contestation ? Il est peut-être temps de réagir et de laisser parler sa propre éthique et non celle du marché. C'est peut-être bien cela qui pourra faire la différence et freiner l'irrépressible pouvoir de destruction de l'idéologie de la maximisation des profits et de la marchandisation systématique.

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