Autoformation

Une tête bien pleine ou une tête bien faite ?

14 mai 2019  Par   Partagez

une tête bien faite

Toute la subtilité de l'acquisition des connaissances repose sur cette célèbre formule de Montaigne. S'agit-il de se remplir la tête de connaissances pour répondre du tac au tac à des quiz, une tête bien pleine donc, ou bien de structurer ses savoirs afin d'améliorer sa capacité de jugement pour des situations imprévisibles, autrement dit une tête bien faite ? C'est bien là ce qui différencie les formations de type "formatages", des formations réellement "enrichissantes".

La finalité : Développer sa capacité de jugement

Il ne s'agit pas de se remplir le cerveau de connaissances pour pouvoir étaler sa science comme le font les « pédants à la tête bien pleine ». C'est ainsi que Michel de Montaigne (1533-1592) qualifiait ces puits de connaissances qui ne savent que restituer les enseignements appris sans jamais les mettre en œuvre. Ce n'est pas là la finalité d'une formation.

Le but de la connaissance : renforcer sa capacité de jugement

Il fallait s'enquérir qui est mieux savant, non qui est plus savant. Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vide. Montaigne et la critique de l'enseignement. (Essais)
Il s'agit plutôt de se construire une tête bien faite pour renforcer sa capacité de jugement. C'est cela la compétence. Ce n'est pas uniquement utiliser sa mémoire. C'est intégrer les enseignements afin d'enrichir sa propre capacité de jugement pour résoudre les problèmes qui se posent au quotidien. L'enseignement traditionnel ne propose que d'accéder au concept de la tête bien pleine.

Le cerveau n'est pas une éponge

Le cerveau est alors considéré comme une éponge qui peut absorber les connaissances transmises à condition que l'apprenant demeure attentif et silencieux.

une tête bien pleine

S'approprier les savoirs

En revanche une tête bien faite sous-entend l'idée que le processus d'apprentissage est un peu plus complexe, et nécessite impérativement la participation de l'auditeur.

Toujours selon Montaigne, il ne s'agit pas de « nous rendre plus savant mais mieux savant ». Ce qui importe pour le philosophe, c'est l'appropriation des savoirs. Pour parvenir à ce stade, l'apprenant ne doit donc pas rester passif mais au contraire réagir, questionner, donner son point de vue.

De toute façon, le modèle d'enseignement directif tel que le représente les deux vignettes 1 et 2 n'est pas juste. On ne transfert pas des connaissances telles quelles. On ne communique que des informations, puis chacun construit ses connaissances.

une tête bien faite

À chacun son filtre informationnel

L'exploitation des informations perçues est directement dépendante de notre état de réceptivité. Si l'information peut sembler universelle pour celui qui l'émet, chacun des destinataires la filtre selon son propre vécu, sa personnalité, ses besoins personnels et son niveau d'attention.

C'est uniquement après ce processus que l'information perçue sera mise en perspective avec les connaissances déjà acquises, puis intégrée dans la structure mentale de chacun. Pour intégrer du mieux possible ces informations et les transformer en connaissances utiles, l'apprenant ajuste sa compréhension : il questionne et donne son avis sur la question.
Nous sommes tous uniques et chacun de nous construit son propre système de connaissance.

Anecdote : C'est ainsi que l'on peut identifier la principale cause d'échec des systèmes informatique de gestion de la connaissance et des systèmes experts en vogue jusqu'au début des années 2000.

Les concepteurs partaient du postulat que la connaissance était universelle. Ils cherchaient donc le moyen de la formaliser pour la stocker informatiquement et ainsi la diffuser à volonté. Ces ingénieurs ne purent, on s'en doute, parvenir à mettre au point des processus à même de traduire les connaissances implicites en informations explicites, donc informatisables, susceptibles d'être restituées dans leur état initial.

Ces projets inutiles ont lourdement pesé dans les budgets des entreprises qui avaient cru au miracle des « têtes interchangeables ». La connaissance ne se transmet pas aussi simplement. Heureusement !

Un cerveau est en constante évolution

cerveau et savoirsLe cerveau de chacun d'entre nous est unique. Il s'est construit selon l'environnement social et culturel dans lequel nous baignons depuis notre plus tendre enfance. Il se structure et se restructure au fur et à mesure de l'expérience vécue.

Le cerveau n'est donc pas un réservoir qu'il suffirait de remplir de connaissances, de gré (récompense) ou de force (punition), pour obtenir une tête bien pleine. Les connaissances ne sont pas non plus stockées dans des cases bien rangées, telles des boîtes à archives soigneusement classées. Le cerveau est adaptatif, chaque enseignement se moule et s'adapte aux structures déjà existantes.

Il se réorganise en permanence pour bâtir une tête bien faite. C'est aussi en ce sens que nous ne sommes pas égaux face à un nouvel enseignement. Chacun essaie de se raccrocher à des connaissances déjà acquises, quitte à adapter les informations pour le meilleur (enrichissement) comme pour le pire (contresens).

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