Autoformation

Formation : Evitez les chausse-trapes

17 juin 2019  Par   Partagez

La souricière, piège de l'autoformation

Se former est une digne ambition, d'ailleurs indispensable aujourd'hui où l'exigence de renouvellement des connaissances est particulièrement accélérée. En revanche il vaut mieux éviter de se fourvoyer en s'abusant sur ses motivations et en sélectionnant mal ses objectifs au risque de perdre non seulement un temps précieux mais aussi un indispensable enthousiasme. Voyons tout cela.

Le projet d'autoformation

Si l'on parle beaucoup aujourd'hui d'autoformation c'est bien parce que non seulement parce que le besoin d'acquérir des connaissances est réel pour tout un chacun mais aussi parce que le web nous offre de nouvelles possibilités pour se former. Cela dit le besoin de formation tout au long de la vie n'est pas nouveau, loin s'en faut.

Condorcet en 1792 le préconisait déjà

Déjà en 1792 Condorcet prononçait un discours mémorable sur l'importance d'une éducation tout au long de la vie pour construire une société de citoyens instruits et pleinement responsable. Voici ci-après un extrait de ce discours historique:

En continuant ainsi l'instruction pendant toute la durée de la vie, on empêchera les connaissances acquises dans les écoles de s'effacer trop promptement de la mémoire, on entretiendra dans les esprits une activité utile ; on instruira le peuple des lois nouvelles, des observations d'agriculture, des méthodes économiques qu'il lui importe de ne pas ignorer. On pourra lui montrer enfin l'art de s'instruire par soi-même, comme à chercher des mots dans un dictionnaire, à se servir de la table d'un livre à suivre sur une carte, sur un plan, sur un dessin, des narrations ou des descriptions, des notes ou des extraits. Ces moyens d'apprendre, que dans une éducation plus étendue on acquiert par la seule habitude, doivent être directement enseignés dans une instruction bornée à un temps plus court, et à un petit nombre de leçons.
Rapport et projet de décret relatifs à l'organisation générale de l'instruction publique Présentation à l'Assemblée législative : 20 et 21 avril 1792 Intervention de Marie-Jean-Antoine-Nicolas Caritat, marquis de Condorcet
Source : Le discours complet sur le site de l'assemblée nationale

Les deux principaux pièges

Voyons maintenant deux mauvaises voies typiques pour entreprendre sa formation.

Attention à l'injonction : "Formez-vous !"

Encore faut-il ne pas être dupe et bien saisir l'idée sous-jacente de la formule lorsqu'elle est répétée à l'envi par des donneurs de conseils à qui on n'a rien demandé. Ils sévissent dans les médias et ne jurent que par la flexibilité et l'adaptabilité des salariés aux besoins toujours en évolution des entreprises.

Il est bien entendu recommandé, voir salutaire, de toujours chercher à améliorer son capital « connaissances ». D'un point de vue professionnel, c'est en effet le moyen le plus efficace de bénéficier d'une pole position dans la course à l'emploi et de prétendre aux postes les plus convoités.

En revanche, courir après les exigences insatiables des entreprises n'est peut-être pas un projet que l'on pourrait qualifier de « constructeur » pour sa carrière. C'est d'ailleurs là que se niche le principal danger de la formation continue.

Il ne s'agit pas non plus de s'embarquer dans une compétition

Aiguillonné par le climat de course à la performance et de compétition permanente, on se laisse conduire au gré des modes marketing et on finit irrémédiablement par mettre de côté ses aspirations personnelles d'enrichissement intellectuel pour ne considérer que le critère assez flou de l'employabilité immédiate.

C'est ainsi que l'on se contraint à suivre, les chaussures chargées de plomb, des cycles de formations peu adaptées à son profil et à ses objectifs. A titre d'exemple, depuis que l'outil informatique et son sabir abscons ont envahi quasiment toutes les sphères de notre vie et a fortiori de notre espace professionnel, on ne compte plus les temps consacrés à l'apprentissage de nouveaux outils, d'applications et de systèmes, toujours plus complexes.

Les formations inutiles...

La constance n'étant pas encore une des qualités des nouvelles technologies, ces outils seront rapidement remplacés par une nouvelle génération aux principes et à l'ergonomie totalement différents. Il sera alors bien difficile de profiter de l'apprentissage récemment acquis.

L'obsolescence des apprentissages est peut-être la caractéristique la plus marquante de notre époque de mutation technologique et de changement continu et permanent. En tout cas, cet éternel recommencement n'est pas là solution pour stimuler ses neurones loin s'en faut.

Cette acquisition à marche forcée de connaissances exclusivement opérationnelles n'apporte aucun des avantages d'une formation choisie et désirée tel que le plaisir d'apprendre, la soif de pousser plus avant ses travaux de recherche investigation ou la capacité de prendre le recul suffisant pour mieux dominer les problèmes.

Et ce n'est pas tout

Il est interessant aussi de s'attarder sur la question de savoir ce qu'est une formation utile. En tout cas, ce n'est un "formatage", un enseignement vernis comme nous le verrons dans cet article ici référencé.

A ce sujet, voir aussi

  • L'autoformation ce n'est pas l'enseignement scolaire

    Chacun d'entre nous est unique. Notre cerveau a été structuré par bien des facteurs dont notre propre histoire n'est pas le moindre. Lorsque l'on apprend, on redessine l'information reçue afin de l'intégrer du mieux possible dans notre propre système de connaissances. L'enseignement classique, celui que l'on a quasiment tous connu durant notre formation de base, ne considère pas les spécificités de chacun, son vécu, son système de pensée et ses besoins. Ce n'est pas l'exemple à suivre pour réussir son auto-formation.
  • Apprendre doit rester un plaisir

    Combien de fois nous sommes-nous retrouvés à essayer de se concentrer sur un sujet rébarbatif ? On a beau s'auto-justifier avec des il faut bien le faire, mais à la première occasion notre attention s'évade... Et on relit pour la troisième fois le même paragraphe sans le comprendre pour autant. En conclusion, il est toujours préférable d'étudier des thèmes que l'on aime. C'est une évidence, mais il n'est pas inutile de le rappeler.
  • Un tête bien pleine ou une tête bien faite ?

    Toute la subtilité de l'acquisition des connaissance repose sur cette célèbre formule de Montaigne, S'agit-il de se remplir la tête de connaissances pour répondre du tac au tac à des quiz ou de structurer ses savoirs afin d'améliorer sa capacité de jugement pour des situations imprévisibles ? Là est la question.


Lecture recommandée

7 Habitudes pour se former tout au long de la vie7 Habitudes pour se former tout au long de la vie
La méthode Faraday, une légende de l'autoformation

Alain Fernandez
110 pages Prix : 4,99 Euros
Editions Mimismo, ISBN : 9782956758815
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Débusquer les pépites de connaissance dans le foutoir du webObjectif : Débusquer les pépites de connaissance dans le foutoir du web
Les 7 bonnes pratiques de l'autodidacte 3.0

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Editions Mimismo, ISBN : 9782956758839
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