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Principe du Supply Chain Management expliqué

16 mars 2020  Par   Partagez
Le Supply Chain Management ou comment passer d'une gestion saccadée et statique de type commandes/livraisons/stocks, où l'ignorance et la méfiance priment, à une gestion dynamique et continue, fondée sur l'échange étendu d'informations.

Supply chain vintage

Définition du SCM en 3 points

1. Le Supply Chain Management, SCM, définit le pilotage de la chaîne logistique depuis le premier fournisseur jusqu'au client final.

2. Le SCM a pour objectif d'évaluer au plus juste les besoins, les disponibilités et les capacités de chaque maillon de la chaîne logistique et de fabrication, afin de mieux les synchroniser et servir les clients dans les meilleures conditions possibles.

3. Le Supply Chain Management permet d'améliorer les flux et les délais tout en maîtrisant les coûts.

Les enjeux du Supply Chain Management

Un produit n'est jamais réalisé de bout en bout par la même entreprise.
De nombreux fournisseurs, intermédiaires et sous-traitants interviennent à différentes phases de la réalisation du produit. Lorsque ces entreprises ne communiquent pas, l'approvisionnement peut à tout moment être en rupture, et le flux de production est ralenti, voire interrompu. Le débit diminue et les délais s'allongent.

Pour prévenir les inévitables aléas de production il n'existe guère d'autres solutions que de constituer des stockes de sécurité, en entrée, comme en sortie. Ces stocks seront plus ou moins conséquents selon les cas. De toutes façons, les stockes intermédiaires sont un handicap dans un contexte de production actuel fondé sur la personnalisation des produits et le Juste à Temps.

Les limites de la logistique classique
Illustration 1: Les limites de la logistique classique

Supply Chain Management, le principe
Illustration 2: Le Supply Chain, la fluidité du processus, l'échange d'informations

Se prémunir des aléas de la production

Pour se prémunir des aléas, les entreprises, chacune à son niveau du processus d'approvisionnement, constituent des stocks tampons de sécurité, plus ou moins importants, coûteux en tout cas. Ces stocks, non seulement limitent la flexibilité de la production mais ils grèvent les coûts de revient.

La clé : L'échange d'information

Si on engage aucune action pour changer les principes de fonctionnement, la communication entre les différentes entités est limitée au minimum. Ce sont des entreprise différentes, et sans trop forcer le trait, traditionnellement les relations se réduisent au classique : bon de commande, livraison et facture.

Les anticipations tout comme les soucis de fabrication ne sont pas échangés. D'où les livraisons partielles et les rupture de stocks. La moindre erreur ralentit le flux voire l'interrompt et toute la chaîne est pénalisée

En globalisant la vision du processus de production, la Supply Chain Management permet de changer de logique. De nature cloisonnée et orientée produit, la production devient étendue et centrée client.

Le fournisseur en amont de la chaîne ne se préoccupe pas plus qu'il ne faut de l'usage des produits livrés une fois que ceux-ci ont été chargés dans le camion et sont sortis de la fabrique. La seule information dont il dispose sont des prévisions de commandes et des commandes fermes. Il organise donc sa production avec ces informations.

Dans un contexte de flux tendus et de "sur-mesure", il s'agit de considérer le processus dans sa totalité pour servir au mieux les clients selon les trois critères de jugement : temps, qualité et coûts. La logistique doit donc être "managée" pour dimensionner chacune des phases du processus et servir au mieux la demande.

Le Supply Chain Management permet en effet d'assurer la fluidité globale tout en garantissant une meilleure flexibilité. Elle assure le passage d'une production orientée produit à une production centrée client.

Comment marche le supply chain management ?

Sur le plan du principe, le système de Supply Chain Management comporte 4 fonctions majeures.
  • Collecter

    Le SCM nécessite des informations à jour (commandes passées, prévisions, capacités disponibles) collectées auprès des ERP, Système de Gestion de Production(GPAO) et système commercial, CRM).
  • Traiter l'information

    Les outils spécialisés d'APS (Advanced Planning and Scheduling) sont une aide essentielle pour le manager en lui proposant divers scénarios viables. Ce sont aussi des outils d'aide à la décision de part leurs fonctions de type "What if ?" bien utiles pour raisonner à partir de scénarios possibles.

    Ces outils couvrent, entre autres, les fonctions de prévision, d'ordonnancement, de planification étendue et de gestion des approvisionnements (algorithme de programmation par les contraintes). D'autres outils de suivi sur le terrain comme les SCE (Supply Chain Execution) complètent la panoplie du gestionnaire pour mieux synchroniser les maillons de la chaîne logistique.

    Ces vingt dernières années la règle est passée de : Du flux poussé au flux tiré. Avant, la règle était : on vend ce que l'on fabrique. Aujourd'hui, la règle est : on fabrique ce que l'on vend.
  • Dispatcher l'information en interne et en externe

    Les informations sont distribuées auprès de l'ensemble des acteurs internes et externes concernés. Ils ajustent ainsi leurs besoins et l'occupation optimale de ressources
  • Mesurer la performance

    Le système de Supply Chain Management s'inscrit dans une dimension de progrès continu. Le gestionnaire dispose impérativement d'un tableau de bord pour piloter sa performance selon les objectifs définis initialement.

Réussir le projet

Le concept de SCM ne se limite pas exclusivement aux aspects logistiques, mais couvre l'ensemble du processus de production étendu. La SCM est, en fait, un véritable système d'organisation globale de l'entreprise et de ses partenaires. Pour réussir son projet, il faut l'aborder dans sa globalité, sans omettre les attentes des partenaires.

En effet, chaque maillon de la supply chain est une entreprise à part entière qui poursuit sa propre stratégie. Le concepteur devra s'assurer que les objectifs stratégiques des partenaires sont aussi servis par le projet en cours de réalisation.

La SCM doit être le mortier d’une véritable synergie. Se reporter notamment à la théorie des parties prenantes qui prône les stratégies d'alliance

Exemple de réussite de la Supply Chain

Il n'y a que le concret de vrai et justement, un article du monde diplomatique de mars 2020 reprend l'excellente étude Leigh Phillips & Michal Rozworski People's Republic of Wal-Mart: How the World's Biggest Corporations are Laying the Foundation for Socialism comparant les deux géants de la distribution Wall mart et Sears.

WalMart Vs Sears, Coopération Vs Compétition

hillips & Michal Rozworski >People's Republic of Wal-Mart: How the World's Biggest Corporations are Laying the Foundation for Socialism En substance et pour faire vite, Walmart a très tôt joué la carte de la Supply Chain informatisée afin de partager au mieux l'information, c'est à dire la demande en temps réel, les prévisions et la planification. Toutes les unités filiales et partenaires sont invitées à coopérer et à mutualiser leurs besoins afin de mieux rentabiliser les ressources et d'éviter ainsi les pénalisantes incompatibilités techniques ou procédurales que l'on retrouvent bien trop souvent. Un des gros avantages est justement d'éviter autant les ruptures d'approvisionnement que le Bullwhip Effect aux conséquences aussi néfastes sur le plan de l'approvisionnement tout comme sur celui de la maîtrise des coûts.

Sears a joué une autre carte, plus dans l'esprit libéral, (d'où le titre de l'ouvrage). Pour Sears, chaque entité filiale ou partenaire est totalement indépendante et placée en concurrence. Elles ne partagent aucune information et chacune court après les prix bas pour s'équiper. Une démarche donc radicalement opposée à celle choisie par les dirigeants de WalMart.

En développant un modèle de coopération, WalMart est devenu le numéro 1 que l'on connait. Quant à Sears qui a opté pour la compétition la plus stricte, ce géant connait depuis plusieurs années une véritable débâcle économique.

Remarque : Cette étude est bien plus riche, mais dans ce très bref résumé on ne s'intéresse qu'aux bienfaits d'une supply chain bien conçue et bien gérée.

Mais au delà de la théorie, le rapport maître esclave perdure

Encore trop d'entreprises conservent l'approche de type maître/esclave avec les sous-traitants (ce ne sont pas des partenaires), et limitent l'aspect relationnel et le partage d'information à la portion congrue. Elles ne pourront pas construire l'entreprise étendue. Pour réussir son projet, il faut l'envisager sous l'angle de la création de valeurs pour tous les partenaires. La recherche de la coopération doit apparaître dans les indicateurs de performance.

Ce que l'on constate sur le terrain : la généralisation des flux tendus ont accentué le rapport maitre esclave entre l'entreprise donneur d'ordre et les sous-traitants. Pour servir les exigences des principaux donneurs d'ordre, les sous-traitants sont contraints de maintenir des stocks conséquents. Les prévisions des donneurs d'ordre ne sont pas toujours fiables. les donneurs d'ordre sont aussi soumis aux impératifs du marché et modifient parfois radicalement lesdites prévisions.

Le sous-traitant n'a pas le choix. Il a tout intérêt à servir les exigences du donneur d'ordre s'il souhaite rester dans la short-list des principaux fournisseurs.

Bien trop souvent, le donneur d'ordre ne tient absolument pas compte des impératifs du sous-traitant. Il n'hésite donc pas à changer ses prévisions sans se préoccuper du reste de la chaîne d'approvisionnement. Il sait pertinemment que le sous-traitant, soumis, n'a d'autres choix que de le servir. Nous sommes à des années lumière d'un partenariat comme se devrait être dans un système de Supply Chain bien géré.

Tableau de bord

Cet article est inspiré du chapitre consacré au "Supply Chain management" du livre de référence : "Le bon usage des technologies expliqué au manager" Éditions d'Organisation ©Eyrolles. Ce texte est sous copyright.

À ce sujet, voir aussi

  • Stratégie de la Supply Chain
    Il s'agit de mettre en oeuvre une Stratégie de la Supply Chain fondée sur la logique de la confiance. Une approche incontournable pour parvenir à maximiser les quatre facteurs : coût * fluidité * régularité * réactivité. La stratégie de la Supply Chain implique nécessairement l'ensemble des partenaires logistiques. Autant qu'ils soient tous parfaitement en phase avec les objectifs de progrès et les moyens pour y accéder.
  • Mesurer la performance de la Supply Chain
    La performance de la Supply chain conditionne la réussite de la stratégie engagée. En effet, que vous cherchiez à conquérir de nouvelles parts de marché, à fidéliser les clients, ou à améliorer la rentabilité de chaque client, ou les trois à la fois, la chaîne logistique joue en effet un rôle essentiel. La mesure de la performance de la supply chain mérite donc d'être particulièrement soignée. Voyons tout cela.
  • Gérer les stocks, comment faire ?
    La gestion des stocks conditionne au premier plan la performance de la Supply Chain. Il s'agit en effet d'optimiser les flux pour éviter toutes les ruptures possibles tout au long de la chaîne, c'est-à-dire autant pour l'entreprise que pour ses partenaires. Il s'agit aussi de lisser au mieux la production et d'éviter le phénomène bien connu de - Bullwhip Effect -. Et cela tout en assurant la maîtrise des coûts. La qualité du service rendu au client en dépend directement. Pas si simple.
    • Ressources web


      À lire...

      Un livre précis et concis qui place le focus autant sur les aspects tactiques qu'opérationnels de la délicate question de la chaîne logistique et d'approvisionnement :

      Essentials of Supply Chain ManagementEssentials of Supply Chain Management
      Michael H. Hugos
      John Wiley & Sons
      368 pages (en anglais)
      Dispo :
      www.amazon.fr


      Un livre en langue française que l'on pourrait qualifier de bon manuel d'initiation au Supply Chain Management, cet ouvrage couvre bien les principaux aspects de la chaîne logistique :

      Supply chain management Rémy Le MoigneSupply chain management
      Rémy Le Moigne
      Dunod
      368 pages
      Dispo :
      www.amazon.fr

      Piloter la performance c'est mettre en place une vraie délégation. Celle-ci commence impérativement par déployer les bons outils d'aide à la décision pour tous. C'est là le thème de cet ouvrage parfaitement adapté à la problématique du Supply Chain Management. L'ouvrage ci-après décrit entre autres un cas réel concret afin de mettre en évidence la problématique des relations clients fournisseurs, notamment lorsqu'il s'agit de partager des objectifs liés à la stratégie.

      Tableaux de bord du manager innovant, le livreLes Tableaux de bord du Manager Innovant, Une démarche en 7 étapes pour faciliter la prise de décision en équipe
      Alain Fernandez
      Editeur : Eyrolles
      Pages : 320 pages
      Prix : 25 Euros

      Pour acheter ce livre :

         


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