Le décideur n'est pas toujours celui que l'on imagine

11 février 2019  Par                          Partagez
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Il est pour le moins surprenant qu'au XXIème siècle, on persiste à imaginer le décideur tel que le défini le modèle inoxydable de l'Homo oeconomicus. Omniscient et omnipotent, le décideur prendrait toujours la bonne décision. C'est une fiction. En un contexte complexe et incertain, la décision ne peut être envisagée par un modèle simpliste qui fait l'impasse sur l'incertitude, le doute et le risque.

Non, un décideur ce n'est cela

decideurL'image d'Epinal soigneusement entretenue présente le Décideur avec un D majuscule, omniscient et omnipotent qui, en toute conscience, sûr de lui, prend toujours la bonne décision.
Quel est le problème ?
Le décideur, pur produit du modèle de l'homo economicus parfait, consulte ses éléments, analyse avec soin le pour et le contre et prend la décision sans hésiter une seconde.
Elle est nécessairement excellente, puisque c'est lui le Décideur.
Selon ce modèle économique archaïque, le décideur est en effet un acteur ultra rationnel qui cherche toujours à maximiser son intérêt individuel. Il serait donc efficace par définition.

L'Homo Oeconomicus a toujours le vent en poupe

Cette image du décideur, entretenu par des médias un peu trop servile du grand patronat, semble reprendre du poil de la bête dans l'imagerie populaire.
Pourtant, la question de la décision en entreprise est à mon avis un poil plus complexe que cela.

En résumé, selon ce modèle simpliste, il suffirait de pesez le pour et le contre et de choisir.... Mais peser quoi ?...
Qui aujourd'hui, en situation de prendre une décision délicate et engageant l'avenir dispose de tous les éléments pour évaluer en toute conscience avant de trancher sans regret ?

La décision est une prise de risques

La décision est une prise de risques. Le "pour" comme le "contre" sont truffés d'inconnus. Il manque toujours des informations. Mais il faut tout de même s'engager !
Et on s'engage comment ? Et bien en se fondant sur sur son expérience, sa propre personnalité et sa subjectivité. La décision est tout sauf rationnelle.

Le décideur se reposera aussi sur les conseils qu'il peut piocher ici ou là auprès de proches « experts » ou « spécialistes » du moment. C'est aussi à cela que servent les rapports, les études, les enquêtes. Parfois c'est aussi une façon de botter en touche, il faut bien le reconnaître. L'acte de prise de décision fait peur et le décideur cherche à ne pas porter toute la responsabilité d'un éventuel échec. C'est pour cela que bien peu de vraies décisions sont prises ou mise en oeuvre. parce que n'oublions jamais qu'il ne suffit pas d'annoncer une décision encore faut-il la mettre en oeuvre. C'est seulement à ce stade que la décision se concrétise, qu'elle existe.

Ce que l'on nous présente comme une "grande décision" n'est en fait que la conséquence d'un ensemble de micros-décisions prises à des moments différents par des personnes différentes pour des raisons différentes. Le grand Décideur ne serait-il en fait qu'un opportuniste qui réécrirait le passé ?

Abandonnons ce mythe et multiplions les décideurs au coeur de l'action

De toutes façons, il est indispensable de multiplier les points de prise de décision et bien sûr d'accélérer le déploiement des systèmes décisionnels afin de permettre au plus grand nombre de disposer d'éléments facilitant l'appréciation du risque pour dynamiser la prise de décision concrète et accessoirement de calmer un tant soit peu l'angoisse du décideur de terrain.
Pour finir, ne pas oublier que si décider c'est "choisir", décider c'est donc aussi "éliminer".

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